par Ivan Chupin
Les formations au journalisme en France
On compte aujourd’hui près d’une centaine de formations au journalisme en France. Mais ces formations recouvrent deux réalités très différentes : quelques cursus reconnus par la profession, et une masse d’écoles non reconnues que certains syndicats, comme le Syndicat national des journalistes (SNJ), ont pu qualifier sans ménagement de « marchands de soupe »[1]. Pour qui veut devenir journaliste, la première question est donc de distinguer le reconnu du reste.
Sur cet ensemble, seize cursus seulement sont reconnus par la profession en 2026[2]. La reconnaissance est accordée par une Commission paritaire nationale de l’emploi des journalistes (CPNEJ), qui réunit à parts égales des représentants des syndicats et des employeurs du secteur. Le dispositif est ancien : il remonte à la Libération, puis à 1956. La commission examine régulièrement les demandes et réévalue les cursus déjà labellisés. Elle reconnaît d’ailleurs, depuis 2008, des cursus et non plus des écoles, ce qui n’est pas qu’une nuance de vocabulaire : une même école peut voir tel de ses masters reconnu et tel autre non.

Francs-maçons contre catholiques
Avant d’aller plus loin, un détour par l’histoire s’impose. Les premières écoles de journalisme apparaissent à la fin du XIXᵉ siècle. La plus ancienne est l’École supérieure de journalisme de Paris (ESJ de Paris), née dans le contexte de l’affaire Dreyfus. Sa fondatrice, Dick May, franc-maçonne, voulait former des intellectuels capables de résister aux antidreyfusards et de diffuser les idées radicales et laïques. Curieusement, cette école pionnière n’est toujours pas reconnue par la profession[3]. Dès 1924, une autre École supérieure de journalisme se développe à Lille, soutenue localement par les milieux catholiques, avec l’ambition inverse : former une élite de journalistes catholiques face aux idées franc-maçonnes et anticléricales.
C’est à la Libération, après 1945, que se met en place le Centre de formation des journalistes (CFJ) de Paris. Il est fondé par des résistants, Philippe Viannay et Jacques Richet, qui entendent prolonger dans le journalisme le combat de la Résistance.
Dans les années 1960, l’université se met à son tour à former des journalistes. D’abord à Strasbourg, dans une perspective de coopération internationale, avec ce qui deviendra le CUEJ. Puis la formation essaime dans plusieurs IUT (Bordeaux, Tours), et gagne le Celsa à la fin des années 1970. À partir des années 2000, la commission élargit prudemment le cercle, souvent au nom de l’aménagement du territoire et d’un rééquilibrage géographique : des écoles privées comme celle de Toulouse, des cursus publics comme ceux de Grenoble, de Marseille ou des IUT de Lannion, de Tours et de Cannes rejoignent la liste.
Depuis, plusieurs noms ont changé et la carte s’est encore complétée. L’ancienne ECJM de Marseille est devenue l’EJCAM, rattachée à Aix-Marseille Université ; l’IUT de Tours s’est constitué en École publique de journalisme de Tours (EPJT) ; les cursus d’IUT délivrent désormais un BUT en trois ans, et non plus l’ancien DUT en deux ans. Deux reconnaissances récentes ont porté le total à seize : l’École de journalisme de Cergy, à CY Cergy Paris Université, puis, en janvier 2026, le master de l’université de Lorraine, à Metz, seizième et dernier reconnu à ce jour[2].
Reste le cas de l’École de journalisme de Sciences Po Paris, longtemps la benjamine des reconnues, qui fait un peu figure d’exception. Elle revendique une forte internationalisation de ses enseignements, dans un IEP où les étudiants étrangers sont très nombreux, et entretient des partenariats prestigieux, au premier rang desquels un double diplôme, créé en 2008 et toujours en vigueur, avec l’école de journalisme de l’université Columbia à New York[4]. Dans son sillage, de nombreux IEP de région se sont dotés de leur propre formation au journalisme.
Une sélection importante
Quelles différences existe-t-il entre les écoles de journalisme ? La première ligne de partage sépare le public du privé. Dans les cursus publics (les IUT, le Celsa, le CUEJ, l’IFP, l’IJBA, l’EJCAM, Grenoble, Tours, Cergy, Metz), les droits d’inscription restent ceux de l’université : 178 euros par an en BUT, 254 euros en master (montants 2025-2026), auxquels s’ajoute la CVEC de 105 euros, soit moins de 400 euros au total[5]. Ce prix est sans commune mesure avec le coût réel d’un étudiant en journalisme, qui se situe plutôt entre 4 000 et 6 000 euros selon les écoles. Cet écart tient à deux choses : ces formations mobilisent beaucoup de matériel technique coûteux (studios de télévision, de radio, régies, PAO) et forment en petits groupes, du fait d’une sélection sévère. Autrement dit, elles offrent une formation de qualité à un prix tout à fait accessible aux étudiants modestes. Sciences Po Paris y occupe une place à part, l’école de la rue Saint-Guillaume gardant une large autonomie dans ses choix.
Viennent ensuite les écoles privées (le CFJ, l’ESJ de Lille, l’EJT de Toulouse, l’IPJ), dont deux, l’ESJ et le CFJ, sont plus anciennes que les écoles publiques. Elles s’appuient sur une histoire prestigieuse et des réseaux d’anciens installés. Leurs frais de scolarité sont nettement plus élevés : comptez, au tarif plein, entre 4 500 euros par an à l’EJT et 6 800 euros au CFJ, et jusqu’à 9 500 euros environ à l’IPJ Dauphine, qui module ses droits selon les revenus du foyer ; la plupart de ces écoles réduisent toutefois la facture pour les boursiers, parfois jusqu’à la gratuité[6]. Ces établissements dépendent largement, pour leur financement, de la taxe d’apprentissage versée par les entreprises de médias, les frais de scolarité étant loin de couvrir le coût réel d’un étudiant. C’est ce qui explique que certaines aient traversé, à la fin des années 1990, de sérieuses difficultés financières. À noter que l’IPJ, historiquement privé, est aujourd’hui rattaché à l’université Paris-Dauphine-PSL et délivre un double diplôme.
Il faut donc savoir identifier précisément l’école que vous visez, et authentifier la qualité de la formation qu’on y délivre. Des établissements non reconnus, comme l’ISCPA ou certaines écoles privées bien dotées, dispensent parfois un enseignement de bon niveau, proche dans son contenu de celui des cursus reconnus, mais leur prix peut dépasser 6 000, voire 7 000 euros l’année, sans les avantages attachés au label.
Il est donc préférable de viser les seize cursus reconnus. En voici la liste :
- l’IUT de Lannion (BUT information-communication, parcours journalisme) ;
- l’École de journalisme de Cannes, à l’IUT de l’université Côte d’Azur (BUT, parcours journalisme) ;
- le Celsa, à Neuilly-sur-Seine, rattaché à Sorbonne Université ;
- le Centre universitaire d’enseignement du journalisme (CUEJ) de Strasbourg ;
- l’École de journalisme de Cergy, à CY Cergy Paris Université ;
- l’École de journalisme et de communication d’Aix-Marseille (EJCAM), ex-ECJM ;
- l’École de journalisme de Grenoble (EJDG), université Grenoble-Alpes, en partenariat avec Sciences Po Grenoble ;
- l’École publique de journalisme de Tours (EPJT), ex-IUT de Tours ;
- l’Institut français de presse (IFP), université Paris-Panthéon-Assas ;
- l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA) ;
- le master de journalisme de l’université de Lorraine, à Metz (dernier reconnu, en janvier 2026) ;
- le Centre de formation des journalistes (CFJ) de Paris ;
- l’École supérieure de journalisme (ESJ) de Lille ;
- l’École de journalisme de Toulouse (EJT) ;
- l’Institut pratique du journalisme (IPJ), rattaché à l’université Paris-Dauphine-PSL ;
- l’École de journalisme de Sciences Po Paris.
Pour les taux de sélection et le détail des cursus, la source la plus sûre reste le site de la CPNEJ. C’est elle qui tient la liste officielle et la met à jour à chaque nouvelle reconnaissance.

La meilleure école de journalisme ?
Comment, dans cette profusion, choisir la sienne ? Quelle est la meilleure école de journalisme ? Il est presque impossible de classer ces écoles. Interrogez un ancien du Celsa ou du CFJ : il y a fort à parier qu’il défendra sa formation d’origine. Il n’existe pas de classement objectif, et il faut se méfier des palmarès qui prétendent en tenir lieu.
Au sein des reconnues subsiste néanmoins une hiérarchie informelle, perceptible quand on interroge des étudiants admis dans plusieurs écoles et qui ont finalement tranché. Ils accordent le plus souvent une longueur d’avance au CFJ, à l’ESJ de Lille et à Sciences Po Paris ; puis viennent le CUEJ de Strasbourg, le Celsa et l’IJBA ; et enfin les IUT et l’IFP. Ces réputations bougent, lentement.
Ces différences tiennent à l’ancienneté des écoles, à leur histoire, au poids de leur réseau d’anciens dans la profession, à leur implantation géographique, au niveau de recrutement, au prestige des intervenants qu’elles réunissent et à la qualité des universitaires qui animent certaines formations. Tout cela se combine avec le regard des recruteurs et des journalistes qui croisent les stagiaires issus de ces écoles, et finit par fonder des réputations bien distinctes. À vous de confronter ces réputations à votre projet : la meilleure école, en pratique, est d’abord celle qui correspond au journaliste que vous voulez devenir. C’est aussi ce à quoi sert une préparation aux concours bien menée.
[1] « Non aux marchands de soupe », SNJ, Le Journaliste, dernier trimestre 2002. ↩
[2] Liste officielle des cursus reconnus par la CPNEJ (cpnej.fr), seize cursus en 2026. La reconnaissance du master de l’université de Lorraine (Metz), la seizième, a été prononcée le 13 janvier 2026 (L’Étudiant, « Une 16ᵉ école de journalisme entre dans la liste des cursus reconnus par la profession »). Certaines sources secondaires encore à jour de l’état antérieur mentionnent quinze cursus. ↩
[3] Malgré plusieurs tentatives, l’ESJ de Paris n’a jamais obtenu la reconnaissance, notamment en raison du niveau de ses droits d’inscription. ↩
[4] Premier double diplôme entre une école de journalisme française et une école américaine : une année à Paris, une à New York, dix étudiants par an au maximum, et deux masters à la clé. Voir la page « Dual degree in Journalism with Columbia University » sur sciencespo.fr et la page « International Dual Degree Programs » sur journalism.columbia.edu, consultées en août 2026. ↩
[5] Montants fixés chaque année par arrêté : 178 euros pour les diplômes du cycle licence, BUT compris, et 254 euros pour le master en 2025-2026 ; CVEC de 105 euros. Les boursiers sont exonérés des droits comme de la CVEC. ↩
[6] Tarifs affichés par les écoles : EJT 4 500 euros par an (3 750 en troisième année), ESJ Lille de 5 500 à 6 750 euros pour les non-boursiers (2025-2026), CFJ 6 800 euros et IPJ Dauphine de 258 à 9 504 euros selon le revenu fiscal du foyer (2026-2027). En apprentissage, les frais sont pris en charge par l’employeur. ↩