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Comment devenir journaliste ?

par Ivan Chupin

Le roman de Maupassant date de 1885, mais la mythologie qu’il met en scène a la vie dure. Dans la profession, beaucoup continuent de penser que le journalisme ne s’apprend pas : qu’on le serait par « talent », presque de naissance. Or ce modèle recule.

Si la majorité des titulaires de la carte de presse sont toujours entrés dans le métier sans passer par une école reconnue, la part des diplômés de ces cursus ne cesse de progresser : environ 12 % des cartes en 2000, près de 20 % aujourd’hui[1]. Pour espérer débuter dans les rédactions les plus convoitées, il reste vivement conseillé de passer par l’une des seize écoles de journalisme reconnues par la profession. C’est cette voie qui structure aujourd’hui l’entrée par le haut dans le métier.

Micros tendus lors d’un point presse
Le terrain, premier apprentissage du métier.

Faut-il vraiment une école ?

« Faire » l’une de ces écoles constitue en général la voie royale d’accès au métier. Le marché du travail du journalisme se caractérise en France par une forte précarité. Certains sociologues montrent qu’il existe des « sas d’entrée » dans la profession[2] : il faut le plus souvent aux sortants d’écoles entre trois et quatre ans pour atteindre un emploi stable. Du coup, la formation et l’acquisition d’un diplôme de journaliste tendent à devenir une norme dans le recrutement des jeunes. Certaines bourses de la profession, réservées aux étudiants des écoles reconnues, fonctionnent d’ailleurs toujours comme des passerelles directes vers une rédaction prestigieuse : la bourse Lauga-Delmas d’Europe 1, qui a couronné son 60ᵉ lauréat en 2026, débouche sur un contrat de six mois à la station, et la bourse Jean d’Arcy de France Télévisions offre chaque année à ses deux lauréats un CDD de dix mois au sein de la rédaction nationale[3].

Il faut malgré tout garder la tête froide sur ce que « reconnu » veut dire. La reconnaissance ne garantit pas un emploi, et la sélection à l’entrée du métier reste rude : la commission de la carte a délivré près de 35 000 cartes en 2024, mais à peine 1 858 premières cartes sur l’année 2025[4]. Autrement dit, la profession recrute peu, et tard. L’école reconnue ne dispense donc pas d’être bon ; elle offre surtout un réseau, des stages mieux placés et l’accès à quelques concours fermés. C’est un avantage réel, pas un sésame.

Se préparer au métier de journaliste

Pour devenir journaliste, il n’y a pas à proprement parler de meilleures études. Mais les écoles restent friandes de certains profils : étudiants d’Instituts d’études politiques, historiens, littéraires, et dans une moindre mesure diplômés des sciences de l’information et de la communication. La forte présence des sciences politiques s’est un peu érodée depuis le milieu des années 2000, sous l’effet d’une exigence de recrutement plus divers dans les rédactions. En revanche, s’ils ne le disent pas toujours à l’oral, beaucoup d’entrants ont suivi une préparation en amont pour s’ajuster aux attentes des concours. Certains IEP ont d’ailleurs monté leur propre prépa maison.

À Prépa Journalisme, nous partons du principe que le journalisme s’apprend, et que les écoles reconnues le font honnêtement, sans qu’elles aient pour autant été épargnées par la critique[5]. Notre parti pris est de donner sur le métier un regard réaliste, qui nous semble un facteur de réussite aux concours autant qu’un garde-fou une fois en poste. Sans casser l’idéalisme ni les mythologies qui font aussi l’attrait de la profession, nous préférons entraîner nos étudiants, dès avant l’entrée en école, à quelques règles de base : l’écriture, l’esprit de synthèse, la vérification de l’information, ces réflexes que la scolarisation croissante du métier exige désormais. Ce sont eux, bien plus que le « talent » supposé, qui font la différence le jour venu.


[1] Part des titulaires de la carte de presse formés dans une école reconnue : « Comment sont formés les journalistes qui vous informent ? », La revue des médias, INA ; recoupé avec les données de la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP).

[2] Dominique Marchetti et Denis Ruellan, Devenir journaliste. Sociologie de l’entrée sur le marché du travail, Paris, La Documentation française, 2001.

[3] La bourse Lauga-Delmas, créée par Europe 1 en 1966, a été remise pour la 60ᵉ fois en mai 2026 ; la bourse Jean d’Arcy, créée en 1984 par Hervé Bourges, l’a été en juin 2026. RTL (bourse Jean-Baptiste Dumas), l’AFP et BFM TV entretiennent des dispositifs analogues, tous assortis d’un CDD en rédaction.

[4] CCIJP, chiffres clés du millésime 2024 (près de 35 000 cartes délivrées ; 2 040 premières cartes en 2024, 1 858 en 2025).

[5] Voir par exemple François Ruffin, Les petits soldats du journalisme, Paris, Les Arènes, 2003.